Côte d’Ivoire : Mines le meilleur est devant nous

par JCK
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Un ancien ministre des mines avec lequel j’ai eu l’honneur d’échanger m’a raconté cette anecdote que je vais essayer de vous relater :

« En 1974, nous étions en mission en France, pour une conférence sur les potentialités minières de l’Afrique. De retour à mon hôtel, j’ai été interpellé très poliment par un homme qui souhaitait s’entretenir avec moi. Mais l’entretien n’a duré que quelques secondes. Cet homme m’a remis un pli volumineux contenant de la documentation précise et détaillée sur les potentialités minières réelles de la Côte d’Ivoire. Des cartes géologiques, des photos satellites et tout un tas de données qui laissaient apparaître des gisements importants de cuivre, bauxite, nickel, manganèse, fer, pétrole, diamant et or. Cette documentation, car nous étions en 1974, était l’antithèse totale de ce que nous avions comme informations. Il m’a remis ce document et s’est éclipsé discrètement. De retour Abidjan je n’ai informé que le président Houphouët auquel j’ai remis l’ensemble des documents originaux. Le lendemain Houphouët m’a convoqué. J’étais persuadé qu’il me prendrait pour un fou ou un affabulateur. Mais très étrangement il n’en fut rien. Le vieux m’a répondu que ce sont sans doute les services américains ou russes qui m’ont approché. Selon lui, c’était la continuité de leur guéguerre entre russes, français et américains sur nos ressources. Et il a ajouté qu’il avait déjà ces données que des israéliens basés en Afrique du Sud, lui avaient fait parvenir. »

Dans ce récit que je connais par cœur tellement ce ministre me l’a souvent raconté, je note aujourd’hui avec du recul quatre points :

– Les données officielles sur les potentialités minières de notre pays, dont celles issues de l’administration coloniale, étaient sans doute volontairement incomplètes.

–  Selon Houphouët, américains, russes et français se livraient à une guéguerre d’influence économique [et politique] sur le continent avec pour l’un des enjeux majeurs, les ressources minières.

– L’implication implicite, selon Houphouët et selon ce témoignage, des israéliens via leurs alliés sud-africains, experts en exploitation minières.

– Et enfin, je note que notre pays était réputé à fort potentialité minière dès les années soixante-dix, mais cela n’était pas su du grand public.

Or c’est la France qui après plusieurs années de recherche en haute mer via le Bureau de Recherches de Pétroles (BRP) Elf, qui avait déclaré que la Côte d’Ivoire était « pétrolifère neutre ».  Cette expression signifie qu’il n’y a pas de pétrole ou alors que son exploitation serait si coûteuse qu’elle en deviendrait économiquement non viable. Mais très étrangement, pendant ce temps Houphouët n’en a fait qu’à sa tête, allant contre l’avis des bailleurs de fonds, jusqu’à faire construire la SIR, une énorme raffinerie de pétrole. Le projet en son temps avait été jugé, à juste titre, mégalomane pour un pays qui ne produit pas de pétrole. 

Mais Houphouët savait ce qu’il faisait en s’entêtant. Apparemment lui et ses équipes dont le jeune Adama Tounkara, alors directeur des hydrocarbures de 1971 à 1975 avaient des informations stratégiques mais sans doute pas la technologie, l’expertise et les moyens de contrôle adéquates, pouvoir exploiter ces ressources sans se faire arnaquer. Et c’est le bon terme, parce que ces puissances qui se livraient à cette luttes d’influence géostratégique et économique, en cette période de guerre froide, étaient tout sauf dans la philanthropie. Par contre, d’autres pays africains au rang desquels on peut citer la Guinée, le Niger ou la RD Congo, ont très vite cédé à la tentation. 50 ans après, on a vu le résultat medicocre que ça a donné en terme de développement, dans ces deals en forme d’arnaques à mines ouvertes, où il y a un gagnant, l’exploitant, et un perdant, le pays exploité.

Nous sommes en septembre 2020. Pour ce qui est du potentiel minier africain et celui de la Côte d’Ivoire, se basant principalement sur des critères géographiques et géologiques, la RD Congo est la première destination pour les investisseurs étrangers. Le premier producteur de cuivre du continent occupe la 7e place mondiale, suivie de….. la Côte d’Ivoire (9e), la Zambie (27e) et du Mali (29e). Et évidemment notre pays n’est pas pétrolifère neutre comme l’affirmait le Bureau de Recherches de Pétroles (BRP) basé en France.

Le Fraser Institute réalise chaque année ce classement des pays du monde, en fonction de l’attractivité et la potentialité de leur secteur minier. Pour réaliser celui de 2016 par exemple, il a analysé les réponses de 350 acteurs du secteur, à propos d’un questionnaire relatif à 15 facteurs qui influencent les décisions des compagnies à investir dans les pays. Au nombre de ces critères, on peut citer les réglementations mises en place par les gouvernements, le système légal, le régime de taxation, les infrastructures, la stabilité politique, les lois concernant le travail, les recherches géologiques.

Et figurez vous que 50 ans après que cet homme soit venu remettre ces documents qui prouvaient déjà que notre pays était un véritable Eldorado en matière de mines, le classement Fraser 2016 positionnait la Côte d’Ivoire au 1er rang africain des pays a fort potentiel minier, devant le Botswana, le Ghana et même devant la RD Congo qui est pourtant la référence des références : self service de l’occident en matière de minerais rares. Je dis bien 1er africain ! Et la Côte d’Ivoire est même le 17e au niveau mondial sur 194 pays. La potentialité étant le caractère de ce qui est possible, si la gestion de ces ressources potentielles est optimale, seul le ciel sera la limite pour le développement de notre pays.

Dédicace à Marcel De Kouamé

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