Pourquoi l’arrestation de Ousmane Sonko cristalise les tensions au Sénégal ?

par Afrikaleaks La Rédaction
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Ousmane sonko

Nous assistons depuis l’arrestation mercredi de l’opposant Ousmane Sonko, à un véritable bras de fer entre le pouvoir en place au Sénégal et l’opposition. Suite à son arrestation à Dakar des heurts ont éclaté dans plusieurs villes du Sénégal pour exiger sa libération immédiate.

Ousmane Sonko se rendait sur convocation au tribunal où il devait être entendu au sujet d’accusations portées de contre lui pour « viols et menaces de morts ».

L’arrestation de Sonko est le dernier épisode d’une affaire qui agite depuis un mois le monde politique sénégalais, avec la présidentielle de 2024 en toile de fond. Les manifestations ont fait deux morts et donné lieu à des scènes de guérillas urbaines devant l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, des supermarchés et stations d’essence vandalisés, des véhicules brûlés, des services de l’Etat mis à sac, des sièges de médias saccagés.

Un front d’opposition composé de partis politiques et de mouvements de la société civile appelle les Sénégalais à sortir et manifester contre ce qu’il qualifie d' »injustice ».

Une accusation de viol qui donne lieu à des soulèvements populaires

Au début du mois de février, une masseuse de 20 ans, employée d’un salon de beauté dans lequel Ousmane Sonko allait se faire masser pour « soulager ses maux de dos », dépose une plainte contre lui. Elle l’accuse de « viols et menaces de mort« . L’Assemblée nationale a levé la semaine passée son immunité parlementaire.

Dans une série de déclarations publiques, Sonko a nié les faits qui lui sont reprochés et soutenu que c’est un complot ourdi par le président Macky Sall. Ce dernier a démenti toute implication « dans cette affaire privée » .

Par ailleurs, l’homme politique confirme être allé au salon de massage et d’avoir été en contact avec la fille mais en présence d’une autre personne.

Ousmane sonko - manifestation sénégal
Manifestation au Sénégal suite à l’arrestation de Ousmane Sonko

Apres avoir dans un premier temps refusé de se rendre à la convocation du juge d’instruction parce que jugeant la procédure de levée de son immunité parlementaire illégale, Ousmane s’est ensuite ravisé, il a cependant exprimé sa défiance envers une justice sénégalaise qui ne « tranche jamais dans un autre sens que la volonté du prince ». Mercredi c’est accompagné d’une foule de militants que son cortège s’immobilise à mi-chemin après que les forces de sécurité lui ont demandé de changer son itinéraire. « Face à son refus » aux dires du préfet de Dakar qu’il est arrêté et placé sous mandat de dépôt pour trouble à l’ordre public et participation à une manifestation non autorisée.

Amnesty International a qualifié cette arrestation et celle de 17 autres membres de son parti le Pastef-Les Patriotes (Les Patriotes du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité) survenue devant sa résidence la semaine dernière comme étant « arbitraire ».

L’affaire a d’ailleurs suscité des comparaisons avec les ennuis de Karim Wade, fils et ancien ministre de l’ex-président Abdoulaye Wade, et de Khalifa Sall, maire déchu de Dakar, tous deux frappés par des condamnations pour des malversations financières et empêchés de se présenter à la présidentielle de 2019.

Que représente Ousmane Sonko?

Président du parti PASTEF et député depuis 2017, Ousmane Sonko représente pour ses militants l’espoir d’un changement en profondeur. Il a fondé son idéologie politique sur une opposition radicale à ce qu’il appelle « le système ».

Dans une vidéo de mauvaise qualité filmée au cours d’une rencontre avec des militants et partagée sur les réseaux sociaux en 2018, il déclare : « il y a un énorme potentiel et de réelles capacités dans ce pays. C’est inadmissible de voir un tel niveau de souffrance des populations» et ajoute : « nos politiciens sont des criminels. Ceux qui ont dirigé le Sénégal depuis le début mériteraient d’être fusillés ».

Cette déclaration créé la polémique et pousse le leader du Pastef à repréciser ses propos : « je me suis limité à dire ceux qui ont géré ce pays, pas forcément les présidents « . Il cite Thomas Sankara comme son modèle en politique tout en tressant des lauriers au président Rwandais Paul Kagamé pour sa gouvernance.

En 2014, il crée son parti politique Pastef et commence à nourrir des ambitions présidentielles. Il s’attaque au président Macky Sall dont il remet en cause la gouvernance. En 2016, il est radié de la fonction publique pour manquement au devoir de réserve. Ousmane Sonko est arrivé troisième lors de la présidentielle du 2019 avec 15,67 % des suffrages, derrière le président sortant Macky Sall et l’ancien Premier ministre de Wade, Idrissa Seck.

Durant la campagne électorale, le leader du Pastef est surnommé le «Trump sénégalais» en raison de son idéologie nationaliste, de son opposition à l’influence des puissances étrangères dans la politique intérieure du Sénégal et de son discours souvent radical.

Son arrestation crée un vide dans l’opposition. En effet, Idrissa Seck a rejoint Macky Sall en 2020 avec sa nomination comme président du Conseil économique social et environnementale. C’est pourquoi, Ousmane Sonko est vu aujord’hui comme le dernier opposant majeur face à Macky Sall, le dernier challenger sérieux du président.

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